la pénétrante nord
Savez-vous que les pouvoirs publics avaient envisagé de créer une autoroute depuis le nord de l'agglomération pour arriver plus vite dans le centre ville de Nantes!
Cette voie rapide, du nom de code B11 et baptisée Pénétrante Nord, devait relier la future autoroute Paris-Nantes (A11) au centre-ville en longeant en partie l'Erdre, à l'image de ce qui se faisait sur les quais de Seine à Paris.

Elle était comment cette route ?
Cette route n'était pas une mince affaire puisqu'elle était prévue en 2x2 voies sur toute sa longueur. Et au niveau du Pont de la Tortière, où elle se reliait aux boulevards circulaires (dit XIXème), elle passait à 2x3 voies et elle incorporait en plus 2 bretelles à 2 voies chacune : donc 2x5 voies au sud du Pont de la Tortière, tout ça sur une largeur de près de 40 m au niveau de la plage verte de le rue des Bateaux Lavoirs!!! Et la majeure partie de cette autoroute était, sur ce site, construite sur la rivière au moyen d'un viaduc. Bref, un projet pharaonique de plusieurs dizaines de millions de Francs.
L'histoire d'un développement avec la voiture
Déja, entre les 2 guerres mondiales, des bras de Loire et le cours final de l'Erdre avaient été comblés dans le centre de Nantes pour faire plus de place à la circulation motorisée (et aussi pour masquer les soucis de pollution drainée par ces eaux).
En 1848, la municipalité constate que la liaison entre le quai Barbusse et le Pont de la Tortière est compliquée car il faut alors faire un détour par des rues intérieures un peu étroites. Elle envisage de construire une liaison entre le quai Barbusse et le chemin de Tournerond, en empruntant la rive gauche de l'Erdre. Ce projet assez modeste ne verra jamais le jour, mais fera germer l'idée d'une liaison plus vaste.
C'est dans les années 60 que la voie rapide sur berge gagnera les esprits. Ainsi, les services de l'Equipement seront mandatés par la Ville pour élaborer un tel projet. Le synoptique présenté plus haut montre les principes du projet : une connexion importante avec la future A11 et des échangeurs principaux au niveau de la Jonelière et de la Tortière, complété par un demi-échangeur au niveau de Port Boyer. Un franchissement de la rivière est prévu au niveau de l'Eraudière (près de l'actuelle base d'aviron Léo Lagrange). Le projet se termine au sud au niveau du Pont de la Motte Rouge, mais une éventuelle prolongation est néanmoins prévue jusqu'au cours St-André.
L'évolution du projet
Plusieurs esquisses et avant-projets verront le jour au début des années 70.
Le premier projet est présenté en 1973. C'est au niveau de l'échangeur de la Tortière que se focalisent les plus vifs débats. La première version comporte, outre les 2x3 voies principales, 2 bretelles d'insertion et 2 bretelles de sortie à 2 voies chacune. La plateforme globale comporte donc 10 voies de part et d'autre du pont de la Tortière. La largeur de l'infrastructure avoisine les 40 m. Afin d'éviter d'engendrer des acquisitions foncières trop considérables, le parti est pris de faire passer la route sur l'eau entre la Trémissinière et Port Garnier. Toutefois, sûrement pour éviter de perturber trop l'écoulement de la rivière, l'option est prise de ne pas remblayer directement le cours d'eau, mais de construire la voirie nouvelle au-dessus de l'eau, par le biais d'un viaduc longitudinal.


La hauteur de ce viaduc est d'environ 2 m au-dessus du terrain naturel actuel au droit de la plage verte, comme le représente ce profil en long de la future autoroute :

Vous remarquerez la physionomie du carrefour Est du diffuseur de la Tortière. Il s'agit d'un carrefour dit à l'indonésienne, qualifié ainsi par les ingénieurs des Ponts et Chaussées.
Petit test : essayez de deviner comment il fonctionne 😖 .
Bien entendu, ce carrefour ne fonctionnera pas en priorité à droite, mais avec des feux tricolores.
Allez, on vous aide :

Les critiques ne tardent pas à se faire jour. C'est d'abord le syndic de la résidence Val d'Erdre (immeuble boulevard des Pr Sourdille) qui se plaint que la future autoroute passe trop pres de l'immeuble. Il demande que cette route soit éloignée du bâtiment. Puis la mairie signale que la desserte des quartiers Port Boyer et Trémissinière n'est pas satisfaisante; ces quartiers semblent enclavés. Elle réaffirme aussi (bulletin municipal de septembre 1973) l'importance de compléter le réseau prévu des pénétrantes nantaises par une rocade périphérique afin que le trafic de transit emprunte cette dernière.

La DDE va alors retravailler le projet et aboutir, quelques mois plus tard, à un deuxième projet présenté en fin 1973. La bretelle double de sortie vers le boulevard des Belges depuis le sud est supprimée et remplacée par une bretelle dite en boucle au nord du diffuseur. Cela permet aussi de réduire la largeur de la voirie à cet endroit, autorise aussi le maintien du boulevard des Pr Sourdille; mais elle complique la connexion avec le quartier de la Trémissinière et augmente le volume des expropriations à venir. Les services techniques de la mairie rendent un avis défavorable au motif que les enjeux de circulation urbaine n'ont pas correctement été pris en compte.
En outre, les habitants de l'immeuble du Val d'Erdre, rejoint par ceux de la résidence des Roches blanches (rue des soupirs) demandent que la portion d'autoroute passant au droit des 2 immeubles soit couverte. Ces aménagements supplémentaires alourdissent la facture de 5,6 MFF.

Pour bien se rendre compte, le coût du seul diffuseur de la Tortière est estimé à 42,6 MFF, ce qui correspond à une valeur actuelle (2024) de 42,9 M€.

La municipalité, devant l'ampleur du projet, son coût, les polémiques qu'il suscite, le niveau somme toutes modeste du trafic routier, conclut qu'il est urgent...d'attendre.
Ce projet assez délirant sera finalement officiellement abandonné en 1982.
Et sinon, vous préférez quoi comme cadre de vie ?


Vous préférez ça ?

Ou ça ?



